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Muscade (Myristica fragans), famille des Myristicacées

 

 

Muscade vient du latin macir, signifiant une écorce aromatique, ainsi que de muscada (noix musquée), dérivé de l’ancien provençal notz.

La noix de muscade est le noyau du fruit du muscadier, arbre perpétuel. Le muscadier est originaire de l’archipel des Moluques en Indonésie, et plus particulièrement des îles Banda – les habitants l’appellent "muscade banda". Il pousse maintenant au Sulawesi (île de Pulao Siau) et dans les Caraïbes (île de Grenade), dont il est l’emblème national et dont le drapeau rouge, vert et jaune est orné d’une noix de muscade ; on le trouve également, en Malaisie, au Sri Lanka, à Ceylan comme aux Antilles Sous-le-Vent. Il existe des arbres mâles et des arbres femelles, possédant des fleurs différentes, mais toutes dégagent une odeur agréable. Un arbre mâle peut fertiliser dix arbres femelles mais il existe aussi des éléments bisexuels. Il faut sept ans pour obtenir une première récolte et plus l’arbre est vieux, plus il est productif. A l’intérieur du fruit se trouve une noix brune, presque ronde, dense, huileuse et dure – la noix de muscade – protégée par une mince membrane ligneuse appelée aril : c’est le tégument qui enveloppe la graine de muscade. Aux îles Banda, on récolte les fruits avec un "gai gai", traditionnelle longue gaule en bambou munie d’une petite nasse à son extrémité, pouvant en contenir une dizaine[1]. La fleur de macis est composée d’un lacis de fibres dont la couleur dénote souvent son origine : les fleurs d’un rouge écarlate vif, brunes, rouges orangées proviennent d’Indonésie. Lorsqu’elles sont pâles, jaunes orangés, beiges, elles sont natives de l’île de Grenade.

Le noyau est séché au soleil jusqu’à ce que la noix à l’intérieur produise un son de crécelle (un à deux mois), puis le noyau est brisé. La noix est immédiatement trempée dans une solution à base de lime – pour éviter d’être endommagée par les insectes – et blanchie à la chaux[2].

Les Hollandais pensaient que le macis était plus rentable que la noix de muscade. C’est ainsi qu’un jour, un agent officiel d’Amsterdam, soucieux de rentabiliser la Compagnie mais n’ayant jamais vu un muscadier de sa vie, donna l’ordre formel d’abattre tous les arbres-muscade pour les remplacer par des arbres-macis ! En 1760, il existait des entrepôts à Amsterdam régulièrement incendiés afin de maintenir les cours à des niveaux élevés.

Le macis a un goût plus subtil que la muscade. Il est commercialisé tel quel, broyé ou vendu en poudre. On l’utilise davantage dans les plats salés.

La noix de muscade fut transmise par les Indiens et les Chinois aux Arabes, qui la transportèrent à Constantinople au VIème siècle. En 1191, pendant plusieurs jours, on fit brûler une quantité impressionnante de muscade pour parfumer Rome, combattre les odeurs où ruisseaux et rigoles charriaient les immondices, afin d’accueillir dignement le roi anglais Henri VI qui venait en visite. La ville embaumait d’un parfum accueillant, symbole de sa bonne santé. Les Romains l’utilisaient également en cuisine car elle ralentissait la vitesse d’oxydation de la viande et du vin. Au XIIème siècle, un peu partout en Europe, l’emploi de la muscade, rapportée par les Arabes et les Croisés, se propagea à une vitesse fulgurante et prit le deuxième rang au palmarès des épices dès la fin du Moyen Age. La livre de macis se négociait à la fin du Moyen Age l’équivalent d’une demi-vache et de trois moutons. Les brasseurs utilisaient la muscade pour parfumer la cervoise, dont la consommation était très répandue chez les hommes ; les femmes, quant à elles, préférant un verre de vin parfumé lui aussi à la muscade. On transportait la noix dans une petite boîte d’argent ou de bois dans laquelle il y avait une râpe.

Au XIIème siècle, on pensait que recevoir une noix au Nouvel An et la conserver dans sa poche toute l’année empêchait de se rompre les os en cas de chute. Cette croyance populaire a survécu jusqu’en 1917. En effet, à l’hôpital militaire de Copenhague, un soldat blessé sema la panique parmi le personnel. Malgré son état, il serrait une petite pochette en tissu accrochée à son cou et défendait à quiconque de lui enlever cet objet : il raconta que la noix de muscade le protégeait contre les furoncles, les clous et les démangeaisons. Il pensait qu’elle le protégerait contre l’infection qui le guetterait après son intervention chirurgicale. Au XVème siècle, on l’utilisait comme diurétique contre les crises de goutte.

Grâce à ses propriétés hallucinogènes, la muscade était également utilisée contre les flatulences, les nausées et les diarrhées, mais à dose homéopathique. Ces effets sont provoqués par un psychotrope de structure similaire à la mescaline contenue dans le cactus peyotl. Le jazzman Art Pepper raconte comment les toxicomanes sevrés à la prison de Saint-Quentin en faisaient une drogue de substitution dans les années cinquante.

La science du XVIème siècle démontra qu’une noix transportée par un homme, transpirait, devenait juteuse, de bel aspect et agréablement parfumée. La noix transportée par une femme devenait par contre ridée, desséchée, de couleur foncée et fort laide. Ce qui tendait à démontrer que l’homme était différent de la femme : l’homme donnait la santé et dégageait une bonne odeur tandis que la femme était impure et sans ardeur ! Donc, l’homme était toujours supérieur à la femme parce que sa nature était plus noble, plus forte et qu’il pouvait communiquer son énergie à des objets sans vie…

A la Renaissance, la noix était reconnue comme médecine préventive par les autorités médicales occidentales ; ses propriétés touchaient principalement les pertes de mémoire, les vertiges et le sang dans les urines. Les moines prônaient les vertus de la muscade contre le mal de gorge, les hémorroïdes, la scarlatine et les maladies de la rate. Un moine du XVIème siècle, prescrivit de s’enduire le sexe d’huile de noix de muscade pour ne pas avoir de défaillance pendant plusieurs jours.

D’autres croyances populaires associent la muscade à l’amour et à la beauté. Dans un livre de magie, il est dit qu’il suffisait de se coincer une noix de muscade sous l’aisselle pour faire une heureuse rencontre au bal, cependant cette technique n’avait aucune prise le vendredi soir !

En l’an 1619, un jeune homme fut traduit devant la cour danoise de Naestved[3] pour vol mais surtout pour avoir enseigné à un ami l’art de séduire une belle par des tours de magie – or, toute démonstration de magie était prohibée à cette époque. Le tour consistait à avaler une noix de muscade entière et d’attendre qu’elle sorte à l’autre extrémité. La noix était ensuite grattée au-dessus d’un verre de vin ou de bière. Lorsque la personne convoitée avait absorbé ce filtre d’amour, elle devait tomber dans les bras du séducteur, et répondre à n’importe quelle demande. Selon les documents de la cour, l’élève voleur avait ainsi soutiré à sa belle cent cinquante francs ainsi que des plaisirs charnels peu édifiants.

Au XIXème siècle, la muscade était beaucoup consommée aux Etats-Unis, aussi bien dans les desserts que dans les plats sucrés. Mais son prix élevé donna à des Américains, principalement du Connecticut, l’idée suivante : ils sculptaient de fausses noix de muscade, stockées avec des vraies, qu’ils vendaient ensuite aux même prix. C’est pourquoi le Connecticut fut appelé "The Nutmeg State", nom récemment abandonné.

La noix de muscade était reconnue efficace contre l’épilepsie en Slovaquie : il fallait se procurer un coq noir par une nuit noire, le castrer et lui greffer une noix de muscade. Le coq n’avait ainsi plus aucun plaisir pendant un an puis à la Saint-Jean suivante, on le décapitait, on récupérait la noix que l’on grattait et que l’on mélangeait à l’eau : cette décoction était reconnue excellente pour empêcher toute nouvelle attaque d’épilepsie.

Nos grands-mères raffolaient de l’eau de mélisse, breuvage à base de muscade. Elle est également une des épices qui entrent dans le mélange connu sous le nom de "quatre épices". En Asie, dans les pays où l’on cultive le muscadier, on fait bouillir la chair du fruit pour en faire de la gelée et de la confiture.

Aujourd’hui, les Orientaux emploient la muscade pour traiter rhumatismes ou bronchites. Les Arabes l’utilisent sous forme d’huile contre les démangeaisons, les taches de rousseur et la mauvaise haleine. Sous forme d’huile encore, c’est un médicament courant en Chine qui est antiseptique et stomachique.

Dans la diététique chinoise, la noix de muscade favorise la digestion, réchauffe l’intérieur.

La noix et les fleurs de muscade sont également recherchées par les parfumeurs. Ils entrent dans la composition de parfums, savons et shampooings.

Si la muscade a des effets bénéfiques sur les petits problèmes gastriques, prise en grande quantité, elle peut être très dangereuse pour l’organisme, hallucinogène et aphrodisiaque à forte dose. Deux noix peuvent tuer un homme. Une cuillerée de muscade fraîchement râpée prise à jeun le matin peut envoyer dans les "vapes" pendant près de vingt-quatre à trente-six heures. Les effets secondaires sont dangereux : démangeaisons musculaires, sensibilité oculaire, écoulement nasal et un peu de diarrhée. Les médecins suggèrent cette épice comme substitut – car elle n’attaque pas les cellules – à ceux qui abusent de drogues dures, afin de diminuer la dépendance et d’entamer un processus de réhabilitation. D’ailleurs, les très toxiques pilules d’"ecstasy" contiennent une grande quantité de muscade.

 



[1] D’après Alain Stella, Le livre des épices, Flammarion, p. 92.

[2] Cette tradition date de l’époque des Hollandais, qui passaient les noix à la chaux pour les empêcher de germer et ainsi que personne d’autres ne puisse les cultiver.
[3] Ville du Danemark, au sud-ouest de l’île de Sjaelland, avec port fluvial sur la Suså, 20.000 habitants.

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